izdavalastvo-top.gif (16358 bytes)










hic-info@hic.hr
fpage.gif (2075 bytes)
C 1998 CIC.
All Rights Reserved

 

III. Déclarations de mgr Stepinac devant le tribunal de Zagreb le 3 octobre 1946

Aprés toutes les accusations qui ont été proférées ici contre moi, je réponds : " Ma conscience est tranquille", et je n'ai pas l'intention de me défendre personnellement. On a répété ici des centaines de fois : " Accusé Stepinac ". Il ne faut pas etre naif au point de ne pas comprendre que derriére cet " accusé Stepinac " se trouve assis au banc des accusés l'archeveque de Zagreb et le représentant de l'Église catholique en Yougoslavie. Vous-meme, qui avez si souvent interpellé le clergé, vous dites que c'est le seul Stepinac qui est coupable de l'attitude du peuple et du clergé. Le simple Stepinac ne peut pas avoir d'influence; c'est seulement l'archeveque Stepinac qui aurait pu en avoir.

Depuis dix-sept mois déja, je suis attaqué méthodiquement par la presse et par toutes sortes de propagande. Depuis douze mois déja, je supporte l'internement dans mon palais épiscopal.

On m'accuse d'avoir rebaptisé des Serbes. C'est un terme faux, parce que celui qui a été une fois baptisé n'a pas besoin d'etre rebaptisé; il s'agit donc de conversions a la foi catholique. Je n'en parlerai pas en détail, mais je déclare que ma conscience est tranquille et que le jugement de l'histoire me sera favorable. Il est vrai que j'ai été obligé de transférer a un autre poste un curé que les orthodoxes menaçaient de mort, parce qu'il retardait les conversions au catholicisme.Il est exact aussi que, durant la guerre, l'église est venue en aide au peuple serbe avec l'intention de le sauver.

Vous me reprochez d'avoir réclamé le monastére orthodoxe inhabité des Pavlins, a Orahovica - qui nous appartenait autrefois -, pour y loger les Trappistes chassés par les Allemands de Rajhenburg. Je considére que c'était pour moi un devoir sacré de m'en occuper.

Le grief d'avoir été Ordinaire militaire.

Vous me reprochez comme un crime grave d'avoir rempli le poste d'Ordinaire militaire sous l'occupation. Le président du tribunal m'a demandé si je n'ai pas considéré comme une trahison envers la Yougoslavie d'entrer en rapport avec l'État indépendant croate a ce sujet. J'étais l'Ordinaire militaire déja sous l'ancienne Yougoslavie. - J'ai essayé pendant huit ou neuf ans de régler la question de l'Ordinariat militaire. Mais il ne me fut pas possible d'obtenir une solution a cette question, qui devait etre réglée par un Concordat, lequel, aprés sa ratification, a été détruit par les bagarres de rue de Belgrade.

Aprés l'occupation de la Yougoslavie, je devais comme chef religieux donner aide spirituelle aux soldats catholiques provenant de l'ancienne armée yougoslave et du nouvel État indépendant croate. L'État s'était écroulée, mais l'armée était restée ; nous étions obligés de tenir compte de cette situation.

Les droits du peuple croate.

Je n'ai été persona grata ni pour les Allemands ni pour les Oustachis. Je n'ai pas preté serment, comme l'ont fait quelques-uns de vos fonctionnaires, ici présents. Mais, je serais indigne si je n'avais pas senti le pouls du peuple croate pour qui l'ancienne Yougoslavie était une prison. J'ai, en effet, affirmé que, pour les Croates, l'avancement dans les carriéres diplomatique ou militaire ne serait possible que s'ils changeaient de religion ou s'ils épousaient des orthodoxes. C'est une question dont je devais parler dans mes lettres pastorales et dans mes sermons.Si j'ai parlé du droit du peuple croate a la liberté et a l'indépendance, c'est en accord avec les principes moraux et personne ne peut me l'interdire. Est-ce aussi en contradiction avec les principes des Alliés ? Le Saint-Siége a souvent souligné que les petites nations et les minorités nationales ont droit a la liberté ! Et moi comme éveque et métropolite, je n'aurais pas eu le droit d'en parler ? S'il faut succomber, nous succomberons pour avoir fait notre devoir.Si vous croyez que le peuple croate est satisfait de son sort, donnez-lui encore une fois l'occasion de se prononcer ! Je ne vous opposerai aucune difficulté.J'ai respecté et je respecterai toujours la volonté de mon peuple. Vous m'accusez d'etre l'ennemi de l'État et des autorités nationales. Dites-moi donc, je vous en prie, qui ressentait l'autorité en 1941 ? M. Simovic, a Belgrade ? Ou bien les traîtres - comme vous les appelez - de Londres ? Ou bien ceux qui étaient en Palestine ? Ou bien vous qui vous trouviez dans les forets de notre pays?. Mieux encore, en 1943 et 1944, le gouvernement était-il a Londres ou chez vous dans les forets ?

Vous représentez pour moi l'autorité depuis le 8 mai 1945. Pouvais-je auparavant obéir a la fois a vous qui étiez dans les forets et a ceux qui étaient a Zagreb ? Peut-on servir deux maîtres? Cela n'est juste ni selon la morale, ni selon le droit international, ni selon le droit humain en général. Il ne nous était pas possible d'ignorer l'autorité, bien qu'elle dépendît des Oustachis. Vous n'avez le droit de m'examiner et de me rendre responsable de mon comportement a votre égard comme autorité que depuis le 8 mai 1945.Vous n'avez aucune preuve de mes actes terroristes. Si Lisak, si Lela Sofijanec et d'autres personnes sont venues chez moi sous un faux nom, si j'ai reçu des lettres dont je n'ignorais pas le sens, je n'en suis pas coupable. C'est la conscience tranquille que j'accueillerai la condamnation. Si j'ai donné a M. Maric un laissez-passer, je n'ai pas commis de faute, car ma conscience ne me reproche rien, n'ayant pas eu l'intention de faire quoi que ce soit contre le régime. Je pourrai m'en aller dans l'autre monde l'âme calme. Que vous me croyiez ou non, peu importe ! L'accusé, archeveque de Zagreb, saura non seulement souffrir pour ses idées, mais aussi mourir.

La persécution religieuse.

Et maintenant, en quoi consiste le conflit, et pourquoi la situation ne s'apaise-t-elle pas? L'accusateur public a souvent affirmé que nulle part au monde il n'y a autant de liberté de conscience qu'ici dans cet État.

Je me permets de souligner quelques faits qui prouveront le contraire.J'affirme de nouveau devant tout le monde : 260 a 270 pretres ont été exécutés par le Mouvement national de libération. Dans aucun État civilisé, autant de pretres n'auraient jamais été punis d'une telle maniére pour les fautes que vous leur imputez. Prenons par exemple le cas de M. Burger, a Slatina. Vous auriez pu le condamner, disons, a 8 ans de prison, pour le fait d'avoir transporté, comme doyen, les objets liturgiques de l'église voisine de Vocin : ce qui était son devoir. Je le proclame de nouveau : dans aucun autre État civilisé, on ne lui aurait infligé une telle peine. Le pretre Povoljnjak a été exécuté sans jugement, comme un chien dans la rue. La meme chose s'est produite pour des religieuses. Dans aucun autre État civilisé, on ne les aurait condamnées a mort : le maximum eut été la prison. Vous avez commis une faute grave en tuant les pretres : le peuple ne l'oubliera jamais!Nous sommes privés de nos écoles catholiques, édifiées avec tant de difficultés. Le travail de nos Séminaires est rendu impossible. Cette année, nous n'aurions pu reprendre les études, si nous n'avions reçu d'Amérique sept wagons de matériel. Vous avez pris par la force toute la fortune des Séminaires. Vous n'avez pas fait moins que la Gestapo, qui confisqua les biens du Séminaire de Mokrice. Nous ne sommes pas opposés en soi a la réforme agraire, mais il fallait s'entendre auparavant, en accord avec le Saint-Siége.Nos orphelinats sont fermés. Nos imprimeries sont détruites et je ne sais s'il en existe encore. Notre presse, que vous avez tellement attaquée ici, n'existe plus. N'est-ce pas un scandale que d'affirmer que nulle part l'Église n'est aussi libre qu'ici? Les Dominicains ont fait imprimer un livre religieux, que j'ai traduit du français, et ils ont dépensé pour cette édition 75.000 dinars. L'impression terminée, ils désiraient obtenir les volumes publiés et en ont été frustrés. Est-ce cela la liberté de la presse? La société de Saint-Jérôme a disparu et elle ne travaille plus. C'est un grave délit envers le peuple, que de traiter ainsi la plus importante de ses institutions.Vous me reprochez aussi l'activité de Caritas. Je répéte ici que cette association a rendu de trés grands services a notre peuple et a vos enfants.En ce qui concerne l'enseignement religieux : dans les classes supérieures des écoles secondaires, il est supprimé; dans les classes inférieures, il est devenu facultatif. Comment avez-vous pu permettre aux petits enfants, qui ne sont pas encore en mesure de se fixer eux-memes, de prendre une décision au sujet de la fréquentation de cet enseignement? Quant aux classes supérieures, dont les éléves ont déja le droit de vote, vous ne leur permettez pas de décider librement, meme s'ils veulent cette instruction!Nos hôpitaux catholiques de religieuses, a combien de difficultés se heurtent-ils? Contre la volonté de la grande majorité du peuple vous avez introduit la prééminence du mariage civil. Pourquoi n'avez-vous pas concédé cette liberté en tenant compte de la mentalité de notre peuple? En Amérique, c'est beaucoup plus sage : les uns se marient civilement, les autres religieusement. Nous ne vous défendons pas un certain contrôle sur le mariage; mais notre peuple souffre beaucoup quand il doit passer d'abord au Comité et ensuite a l'église pour le mariage religieux. Si vous vous étiez adressés a nous, nous vous aurions donné des suggestions dans ce sens.Quelques religieux, a Baéka, ont été chassés de leur maison; quelques églises a Split ont été transformées en dépôts. Je ne sais ce qu'il en est advenu.

Les biens de l'Église ont été confisqués sans qu'on en ait traité avec le Saint-Siége. Vous avez vu que le peuple ne voulait pas s'en faire propriétaire. Mais la question des biens matériels n'est qu'un probléme de détail. Le point douloureux, le voici : l'éveque Srebrenic a été a Sussac assailli par la jeunesse excitée par certaines personnes, et pendant trois heures, on l'a maltraité et attaqué dans une maison sous le regard indifférent de votre police et de votre milice. Moi-meme, j'ai éprouvé la meme chose a Zapresic. L'éveque Lach était allé pour la Confirmation de l'autre côté de la Drave, et bien qu'on fut au courant de son arrivée, on l'a renvoyé sur l'autre rive et pendant toute la nuit, il fut détenu en prison. Quelques-uns de vos partisans sont meme venus chez moi et m'ont déclaré que c'était un traitement indigne et qu'ils allaient protester auprés des autorités. Chez l'éveque Buric, on a aussi cassé les vitres a coups de pierres, pendant qu'il procédait a la Confirmation.

Nous considérons comme illusoire une telle liberté et nous ne voulons pas etre des esclaves que ne protége aucun droit; nous lutterons avec les moyens légitimes pour nos droits, meme dans cet État.

Les persécuteurs et la doctrine de l'Église.

Voici encore trois ou quatre exemples de cette prétendue liberté, pour que vous puissiez comprendre pourquoi nous avons lutté : dans les livres scolaires, vous prétendez officiellement, a l'encontre de tous les documents historiques, que Jésus-Christ n'a pas existé. Sachez que Jésus-Christ est Dieu. Pour lui, nous sommes prets a mourir. Aujourd'hui, la science officielle prétendrait qu'il n'existerait meme pas ! Si un professeur osait soutenir le contraire, il pourrait etre assuré d'etre congédié aussitôt. Je vous l'assure, Monsieur l'Accusateur public, dans de pareilles conditions, l'Église, non seulement n'est pas libre, mais sous peu de temps elle sera réduite au silence.Le Christ est a la base du christianisme. Vous protégez les Serbes orthodoxes ! Hé bien ! Je vous le demande : comment imaginez-vous les orthodoxes sans le Christ ? Comment imaginez-vous l'Église catholique sans le Christ ? C'est une absurdité. De la Sainte Mére de Dieu, vous dites, dans les livres, qu'elle était une prostituée. Ignorez-vous que la Mére de Dieu est, pour les orthodoxes comme pour les catholiques la personne la plus sacrée du monde ? Vous soutenez comme certitude officielle que l'homme descend du singe. Je ne sais si quelqu'un peut avoir pareille ambition. Mais qui donc est assez compétent pour proclamer pareille thése comme théorie officielle ?Selon votre théorie, le matérialisme est le seul systéme scientifique possible. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela veut dire : supprimer Dieu et le christianisme. S'il n'y a que de la matiére, alors, je vous remercie de votre liberté - elle m'est inutile.

Une de vos personnalités en vue a dit " Il n'y a pas un seul homme dans cet État que nous ne sommes en mesure de conduire devant le tribunal et de condamner ". Devant les accusations continuelles par lesquelles vous nous mettez au rang des assassins et des partisans des terroristes, je réponds que tous les crimes commis sous l'État indépendant croate ne proviennent pas seulement des " Domobranes " et des " Oustachis ".Ne pensez pas que je veuille la désunion et la guerre. Que le pouvoir actuel entre donc en pourparlers avec le Saint-Siége. L'Église ne veut pas de dictature exercée sur elle, mais elle n'est pas opposée a des accords honnetes. Ils sont chose possible. Alors les éveques sauront quel est leur devoir et il n'y aura pas besoin de citer les pretres en justice pour qu'ils répondent de leur culpabilité comme c'est le cas ici.Enfin, je tiens a dire quelques mots aussi du parti communiste, qui est en réalité mon accusateur. Si l'on pense que nous avons pris une attitude hostile a son égard pour des intérets d'ordre matériel, on se trompe, car nous sommes restés calmes aprés qu'on nous eut appauvris. Nous ne sommes pas opposés a ce que les ouvriers arrivent a leurs droits légitimes dans les usines, car cela est dans l'esprit des Encycliques pontificales, et nous n'avons rien contre des réformes justes. Mais, s'il est permis aux adhérents du parti communiste de confesser et de propager le matérialisme, qu'il nous soit permis, a nous aussi, de confirmer et de propager nos principes. Des catholiques sont morts pour ce droit et mourront encore pour lui.

Je termine : avec de la bonne volonté on peut arriver a une entente, mais l'initiative doit etre prise par le pouvoir constitué. Ni moi, ni l'épiscopat ne sommes compétents pour des accords d'entente qui dépendent des autorités supérieures et du Saint-Siége. En ce qui me concerne, comme en ce qui concerne mon jugement, je ne demande pas la pitié ; ma conscience est tranquille.


CoverSimun Sito Coric
Cardinal Alojzije Stepinac
Quelques données élémentaires sur sa personne et son oeuvre

Éditeur: Centre croate d'informations
Coéditeur: Congres mondial croate
Rédacteur: Ante Beljo
Dessin Grafique: Gorana Benic-Hudjin
Imprimerie: TARGA-Zagreb
Tirage: 2000

Table des matiéres
I. Au temps du nazisme, fascisme et communisme
II. Points de repéres pour une biographie
III. Déclarations de mgr Stepinac devant le tribunal de Zagreb le 3 octobre 1946
IV. Cardinal Stepinac par lui-meme et déclarations d'autres personnalités sur lui.
V.Une sélection des livres publiées sur le cardinal Stepinac
Note sur l'auteur

Prices : 5DEM; 5USD

| English || Croatian || German || Italian || French || Spanish |

Sve obavijesti oknjigama mozete dobiti putem E-Mail adrese:

knjige@hic.hr

|| Povratak na vrh stranice|| Povratak na Home Page || O HIC-u || Vijesti || Usluge ||
|| Projekti || Izdavacka djelatnost || Kontakti || Linkovi |
|

hicanim.gif (45510 bytes)